20.9.11

L'oubli

L’imbécile qui pense que le temps guérit tout a une mémoire défectueuse ; les années n’ont pas lavé mes lèvres de son parfum. Ma planche de salut s’appelle Sasha Grey, Stoya ou Maria Ozawa. S’il n’est possible d’oublier, on peut en effet se noyer dans l’indifférence. Recouvrir ses émotions d’une couche gluante et immaculée. Le cerveau fatigué, le corps épuisé, on obtient un répit. Comment dompter la tristesse ? « De trois à cinq litres de sperme selon les personnes » répondent les blouses blanches. « Fuck the metric system » répondent les blouses blanches anglaises. « Foutaises » que je leur dis. « Vous vous prétendez scientifiques et vous raisonnez en deux dimensions, vous omettez la posologie. Charlatans. C’est à cause de guignols comme vous que des adolescents se branlent trente fois en un jour pour guérir. » « Un comprimé de Stoya matin midi et soir » que j’ajoute. « A vie ».

Ma mission est de mesurer le chemin de l’empathie à l’apathie, des réminiscences à l’indifférence, de la colère à l’ennui. Quantifier le sérum pour chaque émotion s’avère délicat : la colère et la tristesse sont tenaces quand l’empathie est frivole. Si l’on n’est pas trop regardant, il est possible de soigner ces symptômes. Comme guérir les TOC d’un fou avec une camisole. Mais l’origine du mal, l’amour ? Un combat perdu d’avance. Sortez les mouchoirs.