J'ai besoin d'une copine. Sérieusement.
D'abord, il faut que je baise. Dans six mois, mon corps entamera un irrémédiable processus de décrépitude et de vieillissement qui touche tous ceux dont l'âge passe un certain cap. Donc : six mois pour baiser. Si je passe ma pure jeunesse à me branler, il manquera des briques dans mon mur d'expériences. Quant à la baise avant l'amour, c'est logique, car si la baise est le flamboiement de l'instant présent, l'amour est une construction lente qui doit s'édifier avec la même patience qu'un ballet de joueurs de mikado. La brique était là avant le mur...
Vous vous souvenez d'elle ? Vous savez, dans mon autre billet... Elle. La bibliothèque, etc. Eh bien, je voulais être avec elle. Je la voyais, parfois seul à seule, parfois non. Elle était mutine, mignonne, déguingandée, juste ce qu'il fallait pour se distinguer avec style. Certes, je devais parfois chercher mes mots lorsqu'on discutait, mais qui peut se vanter d'avoir une conversation qui file entièrement toute seule comme un drone ?
Pas elle, sans doute, mais c'est bien à elle que je pense. Depuis, nous avons passé huit jours plus ou moins ensemble, à se voir matin et soir, irrégulièrement mais toujours proches. Ce que j'y voyais de façon latente s'est matérialisé au-delà de ce que je pensais. Autrement dit : à la voir de trop loin, je crois que je l'ai quelque peu idéalisée. La chute est rude, pas pour moi mais pour elle. A sa façon de parler, de papillonner d'un groupe et d'un type à l'autre, à son habillement dans certaines situations (qui possèdent leur lot de contraintes techniques, je ne parle pas de morale et de minijupe, on n'est pas là pour ça)... J'ai eu sa façon d'être pendant huit jours sous les yeux. Elle me donne l'impression d'être constamment hors d'elle-même, devant elle-même, comme pour se fuir. Son esprit semble fonctionner de la même façon qu'une vis de foreuse, toujours devant son moteur et optimalement détachable. C'est une petite foreuse. Car au fond, dans la cabine de pilotage de la machine, il y a une petite fille qui n'a jamais grandi. Son exubérance est une fuite en avant. Mais petite.
Bien sûr, je pourrais essayer une aventure. Tenter quelque chose pour la baiser et puis c'est tout. Qu'on pose un peu les masques : tout le monde veut baiser, la vraie question c'est comment on baise, comment on va jusqu'au bout, au moins avec untel ou unetel ? Aux chiottes les féministes mal baisées, aux chiottes les soraliens qui ne pensent qu'à leur bite et à celle des juifs ! Féministe et soraliste, le couple de contraires le plus navrant qu'on ait jamais vu ! Mais revenons à elle... Je ne sais pas trop comment gérer sa façon d'être, ou alors si, mais je crois que cela demanderait pas mal d'efforts pour un résultat trop petit. Son exubérance, son style m'avaient attiré, de près je vois qu'ils ne s'accrochent pas. Pour gérer une relation avec elle, au moins pour la baise, il faudrait que je me métamorphose en assistant social et en masque multidirectionnel. Ce serait difficile et ennuyeux. En arrivant au bout, je me dirais : tout ça pour ça ?
J'ai envie d'une vraie copine. Pas seulement un trou mais aussi tout ce qu'il y a autour. Une fille avec une certaine finesse, assez extravertie pour me relancer sans que cela soit à moi de tout faire (j'ai horreur de ça), à la fois large de respect des initiatives et un peu maternelle sur les bords. Une fille aussi habile à l'enrichissement organique qu'à recevoir des confidences. Une complice physique et mentale. Quelqu'un à qui je puisse parler de vérité et d'absolu, et qui le comprenne autant avec son vagin qu'avec son cerveau. Je ne crois pas à la vérité si on ne porte pas ses tripes vers elle.
Là, je crois que les antifas se rapprocheraient : j'exige l'impossible... et les réacs standards, habitués aux billets foireux sur les dernières peccadilles de tel ou tel politique, de sortir leur petit mouchoir brodé pour verser une larme à la baisse du niveau de ce blog, où on se met à parler de cul plutôt que d'histoire européenne. Moi, je crois que les deux sont liés. Tout est en tout. La vérité est dans les faits et pas dans la bouche des gens. Le fait dont je parle ici, c'est un sentiment. Une envie de sensualité, plus que de sexe. Avant, j'avais un feu sacré dans l'estomac, simple et clair, doux et sage. J'étais nietzschéen parce qu'il fallait jeter des braises, cartésien pour avoir du bois. Maintenant ça se renverse. Et ça gicle partout, même ici. Plus je vois de gens ensemble, en vrai ou pour des conneries, plus je sens mon coeur brûler nuit après nuit. Diogène ne devait pas être un grand sensuel pour se satisfaire d'une simple branlette quotidienne. M'étonne pas qu'il soit devenu une référence chez certains stoïciens, de préférence ceux qui jouissaient de voir des concepts dans un beau ciel d'idées, infoutus d'analyser la chute de leur propre empire...
J'ai besoin d'une copine. Mais d'une vraie. J'ai envie de gloser, de discuter dans des draps humides jusqu'à trois heures du matin. Mes idées ne sont pas du tout prêtes à être livrées sérieusement, sauf à une copine. Jusqu'ici, il n'y a que mon esprit et mon clavier, c'est-à-dire son extension cybernétique, qui les reçoivent. Tout est encore en puissance. Je suis un pain qui dort dans un four et j'en ai marre que ma bouche se retienne de dire "kiffer" ou "vénère" parce que tout le monde le dit tout le temps. Autre chose lui ferait du bien, et je ne suis pas du genre à parler tout seul, ma petite machinerie intérieure m'occupant déjà très bien.
Un pote m'a filé un plan pour des nanas de quarante ans... Je crois que je vais tenter le coup. Même si on en reste au sexe, ce sera déjà un jalon essentiel, tant pour un mec normal que pour un empiriste qui se respecte, et puis je suis sûr qu'une femme de quarante ans aura assez de finesse pour comprendre certaines choses qui n'intéressent personne à vingt ans (à part moi, évidemment). Du reste, même connasse, une quadra aura assez de consistance pour constituer un lot intéressant, avant et après.
Vingt, quarante... ce sont des chiffres. Dans la vraie vie ce sont des expériences. Les tenter, c'est aller sur la corde, les réussir c'est réfuter une part de soi-même. La fleur réfute le bourgeon, l'acte consume la puissance. Par chance, je ne suis ni une fleur ni un absolu ; juste un type qui peut laisser des traces.
Et baiser.
You've got a pussy,
I've got a dick
So what's the problem ?
Let's do it quick !